Ce qui se cache derrière Vero, l’application dont tout le monde parle !

Ce qui se cache derrière Vero, l’application dont tout le monde parle !

Vero, le nouveau réseau social séduit par son discours plein de promesses faites à l’utilisateur. Mais que se cache-t-il en réalité derrière ce réseau ?

Il y a deux semaines, j’ai pu voir une série de stories Instagram qui m’encourageaient à rejoindre Vero. Prise de curiosité, j’ai été voir ce qui s’y cachait. Au premier abord ?  un discours parfait qui me séduit : Vero, le nouveau réseau social qui permet de partager facilement une publication, au sein d’une interface libre de publicité et d’algorithme. Ok, jusque là j’adore. Mais s’ensuit alors un nombre de recherches et de bad buzz qu’il m’a paru intéressant de partager avec toi ici.

Les photographies sont prises par Robin Ceccarini

Vero, c’est quoi ?

Vero est une application qui a été fondée en 2015. Son but ? Devenir le nouveau réseau social dans lequel il n’y aurait ni algorithme ni publicité visée.

L’application te permet de partager des photos, des vidéos, des liens, des séries, des musiques et j’en passe avec les autres utilisateurs. Pour te donner la possibilité de mieux maitriser la visibilité de ce que tu partages, tu peux trier les utilisateurs en différents cercles : amis proches, amis, connaissances et abonnés. Tu décides donc à chaque publication, l’audience qui peut la voir.

Vero promet également de ne pas vendre les données personnelles des utilisateurs à des fins publicitaires sur l’application. Mais cette partie-là mérite un paragraphe plus approfondi un peu plus loin.

Le feed serait alors alimenté de manière chronologique par le contenu posté par les personnes que tu suis. L’application trouve alors d’autres sources de financement : une utilisation qui deviendra à terme payante (sauf pour les premiers utilisateurs) et un système qui permettra aux créateurs de vendre leurs produits sur la plateforme, transactions sur lesquelles Vero prélèvera une commission. Enfin, l’application met aussi à disposition un système de don qui permet aux utilisateurs de soutenir financièrement, s’ils le souhaitent, l’application.

Jusque là, tu dois sûrement te dire que cette application est géniale et que le concept te parait super. Seulement voilà, peu après le boom de notoriété de l’application, les internautes ont creusé le sujet et de nombreux côtés sombres sont survenus.

Valérie Fiala

Le fondateur de Vero, source de bad buzz

Vero a été fondée par Ayman Hariri, le fils de l’ancien premier ministre libanais Rafic Hariri. Leur boite familiale de construction, Saudi Oger a été fermée après avoir été attaquée en justice par près de 30 000 travailleurs pour salaires non payés.

Saudi Oger a également été accusée d’avoir fait travailler des migrants illégalement en Arabie Saoudite. Ceux-ci auraient été abandonnés sans être rémunérés, le gouvernement aurait dû intervenir afin de leur fournir les ressources nécessaires à la survie. Ces travailleurs ont dû vivre dans des dortoirs surpeuplés sans accès à de la nourriture, de l’eau ou encore des soins médicaux. (Source : les echos)

À cela, Ayman Hariri répond tout simplement que ces actions ont eu lieu lorsqu’il n’était plus dans la compagnie.

Valérie Fiala

Le timing parfait

Vero existe depuis 3 ans bientôt, mais c’est aujourd’hui qu’a eu lieu cet engouement. Si l’on prend un moment pour observer le contexte général, on peut très vite trouver quelques explications.

Depuis quelques mois, Facebook est dans le collimateur d’Américains. En effet, les élections américaines ont apporté avec eux leur lot d’insatisfactions. Beaucoup ont accusé Facebook d’avoir influencé le résultat de l’élection avec de nombreuses fausses informations qui ont circulé dessus. Avec son algorithme, Facebook a tendance à nous abreuver de publications qui résonnent avec des avis qu’on a déjà pu émettre dans le passé, ce qui aurait dans ce cas-ci divisé les Américains en deux bulles distinctes : les conservateurs et les libéraux, sans plus aucune nuance au centre.  Qu’on soit d’accord ou non avec ces accusations, le résultat semble pourtant là : pour la première fois de son histoire, Facebook a vu le nombre de ses utilisateurs quotidiens baisser de 185 millions à 184 millions (source : the national).

En parallèle à cela, Instagram a sorti son nouvel algorithme qui a mécontenté une grande partie des utilisateurs. J’ai d’ailleurs écrit un long sujet à ce propos, tu peux le retrouver ici.

Deux géants dans la sphère des réseaux sociaux qui mécontentent les personnes les plus influentes qui y sont présentes. Un discours de Vero promettant une surface de partage sans plus aucun algorithme ou publicité visée ? Le calcul est assez rapide et simple, leur timing était bon.

À cela, on ajoute leur promesse d’inscription gratuite à vie pour le premier million d’utilisateurs et on obtient un engouement massif vers cette nouvelle plateforme.

Beaucoup d’internautes commencent à se poser des questions quant à la réelle nature de Vero. Après un engouement certain pour l’application, des grands influenceurs ont commencé à descendre le réseau social et un hashtag est même apparu : #DELETEVERO.

Valérie Fiala

Les zones sombres autour de Vero

Maintenant que tu as un contexte autour de l’application, place aux zones d’incertitudes qui planent autour.

Les données personnelles des utilisateurs

La promesse de Vero réside en le fait qu’aucune donnée personnelle ne sera vendue à des annonceurs publicitaires. Après de nombreux posts sur le sujet, j’ai décidé de jeter un coup d’œil à la politique de confidentialité de Vero ainsi qu’aux conditions d’utilisation.

Voici ce que j’ai trouvé et qui m’a intriguée :

We use or may use the data collected through cookies, log file, device identifiers, location data and clear gifs information to:  (a) {…}; (b) provide custom, personalized content and information, including advertising external to the Service; (c) {…}; (d) {…}; (e) {…}; (f) {…}; and (g) {…}.

We may, without prior notice, change the Service; stop providing the Service or features of the Service, to you or to Users generally; or create usage limits for the Service. We may permanently or temporarily terminate or suspend your access to the Service without notice and liability for any reason, including if in our sole determination you violate any provision of this Agreement, or for no reason. Upon termination for any reason or no reason, you continue to be bound by this Agreement.

Ici, ce qui me pose un problème c’est le « without prior notice ». Car bien sûr, une nouvelle application sociale n’est jamais à l’abri d’un échec. On l’a bien vu avec Secret, Ello, Peach, Meerkat, et Mastodon. Mais par contre, je trouve cela fort de ne pas promettre d’avertir les utilisateurs obligatoirement si les services proposés venaient à se finir. D’autant plus si leur but est de devenir la plateforme principale des artistes et des influenceurs, ceux-ci auront fait de cette plateforme leur moyen de communication privilégié et devraient être prévenus pour s’organiser autrement. Mais aussi et surtout, leur business plan consiste à faire payer des frais d’abonnement mensuel. Certes, ils promettent un prix bas, mais dans tous les cas j’estime être en droit de savoir si le produit pour lequel je paie va disparaitre.

L’utilisation du contenu utilisateur

In accordance with your choice of the privacy settings offered by the Service, by posting or otherwise making available any User Content on or through the Service, you hereby grant, and you represent and warrant that you have all rights necessary to grant, to Vero a limited, royalty-free, sublicensable, transferable, perpetual, irrevocable, non-exclusive, worldwide license to use, reproduce, modify, publish, list information regarding, translate, distribute, syndicate, publicly perform, publicly display, make derivative works of, or otherwise use your User Content, including (without limitation) your name, voice, and/or likeness as it is contained within your User Content, in whole or in part, and in any form, media or technology, whether now known or hereafter developed.

Vero assure à la suite de cette mention que ces utilisations ne seront pas à but commercial envers des annonceurs publicitaires. Cependant, ceci démontre bien que malgré les douces promesses de Vero, il reste essentiel de veiller aux paramètres de confidentialité. Sinon, le contenu utilisateur que tu posteras (et dont tu as les droits) sera confié à Vero pour une licence sans redevance, perpétuelle, irrévocable, non exclusive et mondiale pour utiliser, modifier, publier, traduire, afficher publiquement ou encore faire des travaux dérivés de ton contenu. Cela inclut ton nom et tes images. 

Valérie Fiala

Ainsi sur Vero, le contenu que tu publies peut être repris et modifié par d’autres personnes sans nécessité de payer des royalties.

La responsabilité de Vero

Ce qui me préoccupe aussi c’est l’insistance qu’ils ont de décliner tout risque quel qu’il soit sur la plateforme. Je vois déjà arriver le réseau social qui n’assurera que le minimum requis pour les relations avec les utilisateurs. Selon moi, cela aboutira à des plaintes auxquelles Vero déclinera toute responsabilité. Des mails tels que “ Comme indiqué dans nos clauses, pour tout problème lié à tel département, c’est auprès de telle personne (extérieure à l’organisation) qu’il faudra vous retourner. Nous déclinons toute responsabilité.”.

Je vous en ai mis un exemple ici, mais c’est ce qu’on retrouve dans tout paragraphe de leurs conditions d’utilisations, que ce soit pour l’achat d’un produit via la plateforme, le contenu utilisateur, les données personnelles. Vero n’est responsable de rien.

Vero cares about the integrity and security of your personal information. {…} However, we cannot guarantee that unauthorized third parties will never be able to defeat our security measures or use your personal information for improper purposes. You acknowledge that you provide your personal information at your own risk.

Enfin, concernant les données collectées sur les utilisateurs, Vero reste très vague. “Vero ne collecte que les données que nous jugeons nécessaires pour offrir aux utilisateurs une expérience enrichissante et assurer la sécurité de leurs comptes.” Tu l’admettras, cette phrase veut à la fois tout dire et ne rien dire en même temps.

La suppression d’un compte

Un doute commence à naitre en toi et tu envisages de supprimer ton compte ? Bonne chance ! J’ai essayé, et pour supprimer son compte, il faut envoyer une requête qui doit être examinée. J’ai l’impression d’être en prison, pas de liberté de fermer son compte instantanément si tel est mon désir. Encore plus étrange, l’application, restée sans activité jusque là, a commencé à prendre vie dès que j’ai introduit ma demande. Des profils aussi lointains qu’étrangers se sont instantanément mis à liker mes publications. Mon côté parano/complot a vite pris le dessus, mais cela ne reste que des doutes. Dur de croire à des coïncidences.

Tu as rejoint Vero ou tu t’es intéressé au sujet également ? N’hésite pas à me dire ce que tu penses de tout ça en commentaire 🙂 !

Valérie Fiala

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4 Commentaires

  1. 12 mars 2018 / 13 h 04 min

    Hello ! Merci pour ton article super complet sur Vero, je ne l’ai pas installée et je ne regrette pas du tout haha.

    Bisous 🙂

    • Valérie Fiala
      Auteur
      12 mars 2018 / 13 h 07 min

      Hello Chloé !
      Merci pour ton retour, c’est vrai que c’est une plaie pour s’en débarrasser une fois qu’on est dessus haha !

  2. 17 mars 2018 / 16 h 35 min

    Merci pour cette mine d’information ! Je n’ai pas installé l’application et le ferait encore moins maintenant. 😉

    • Valérie Fiala
      Auteur
      3 avril 2018 / 9 h 34 min

      Contente d’avoir pu t’éclairer en tout cas 🙂

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